GAZETTE DES ARCHIVES – TENDANCE VEGETALE

News16/06/2017

 I-ZOOM SUR ….

Depuis quelques mois, la tendance végétale fait une percée dans le design, la décoration. Ce constat est corroboré par le choix de Pantone d’élire comme couleur de l’année 2017 un vert-jaune nommé greenery. A noter  également   que   le   Grand   palais,   à   Paris,   organise   une   exposition   intitulée « Jardins ». Dès lors, on peut s’interroger sur les raisons de cette frénésie.

Dans nos sociétés modernes, urbaines, les individus éprouvent le besoin de s’oxygéner, de se reconnecter avec la nature. Faute de transplanter la ville à la campagne, celle-ci s’invite dans les intérieurs. La maison devient un microcosme où l’harmonie avec la nature est rétablie. Dans ce contexte, les objets (décorations, textiles, mobiliers, etc..) deviennent les vecteurs de cette tendance qui s’exprime de différentes façons.

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Chaise Chuun,Christian Vivanco

Tout  d’abord,  on  observe  une  renaissance  des  motifs  floraux et végétaux. Ensuite, ce retour à la nature s’accompagne inconsciemment d’une quête d’authenticité qui passe par l’utilisation de matériaux naturels, bruts. Le coton, le lin, le chanvre sont sublimés par une recherche de texture, de luxe, toute en simplicité. La collection Natecru de Pierre Frey, sortie en Janvier 2017 correspond à cet état d’esprit.

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Favela chair, frères Campana

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Fallen tree, Benjamin Graindorge

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chaise végétal,frères Bouroulec

Tout  d’abord,  on  observe  une  renaissance  des  motifs  floraux et végétaux. Ensuite, ce retour à la nature s’accompagne inconsciemment d’une quête d’authenticité qui passe par l’utilisation de matériaux naturels, bruts. Le coton, le lin, le chanvre sont sublimés par une recherche de texture, de luxe, toute en simplicité. La collection Natecru de Pierre Frey, sortie en Janvier 2017 correspond à cet état d’esprit.

5Miroir, Bleu nature

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Cette quête du naturel revient régulièrement comme une lame de fond dans les arts décoratifs à travers l’histoire. Elle véhicule des valeurs de liberté, d’harmonie et d’équilibre. A chaque fois, elle constitue la réponse à un environnement artistique ou sociétal  structuré, voir contraignant.

Remontons le temps et découvrons ensemble les plus belles pages « naturelles » de notre histoire. Dès l’Antiquité, la nature a été une source d’inspiration pour les artistes, comme le démontrent les peintures et les mosaïques des Domus aux scènes composées d’éléments floraux et animaliers. Ce thème illustre aussi les enluminures des manuscrits du Moyen- Age. Poussin, au 17e siècle, place ses scènes antiques au cœur d’une nature idéalisée. Le terme de « naturalisme » apparaît au 19e siècle pour définir un courant pictural qui prend pour modèle la nature dans sa réalité. De ce fait, ces créations sont parfois crues et teintées d’un réalisme social, comme les œuvres de Courbet. Qu’elle soit le cadre d’une action ou le sujet même d’une œuvre, qu’elle soit figurée ou abstraite comme dans les œuvres de Joan Mitchell, la présence de la nature est presque toujours palpable.

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Joan Mitchell, La grande vallée, 1983, coll. Part.

D’un point de vue des textiles, cette récurrence est également prégnante. Elle répond à chaque fois à un contexte politique, artistique ou philosophique particulier. Prenons le temps d’en analyser quelques-uns.

 

Les tapis persans du 17e siècle

De nombreux historiens partagent l’hypothèse que le tapis aurait été inventé pour reproduire l’épaisseur d’une toison animale, ce qui constitue en soi un premier emprunt à la nature. Dans la civilisation arabo-musulmane, cet art se développe en suivant différentes orientations iconographiques. Sous le règne d’Abbas Ier (1588-1629), en Perse, le décor des tapis est composé  d’un treillis de fleurs fantastiques épanouies. Directement connecté à la notion de paradis qui renvoie couramment à une image de jardin, ce genre de production prend le nom de tapis « vase » en raison de la présence de cet élément décoratif. Le tapis devient le symbole de la vie renouvelée.

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Projets de tapis gouachés et moquette, Braquenié, 19e siècle

 

Les soieries naturalistes du 18e siècle

La mort de Louis XIV en 1715 marque la fin d’un style ostentatoire qui célébrait sa personne et son pouvoir de façon hiératique : symétrie, motif surdimensionné et éléments stylisés. Les soieries naturalistes, apparues vers 1720, prennent le contrepied de ces créations. Ces étoffes présentent de grosses fleurs sur  de fines tiges. Les végétaux et les fleurs sont difficilement identifiables mais ils sont  traités de manière tellement naturelle que le spectateur établie une corrélation immédiate entre ces motifs et les modèles issus de la nature. Revel, surnommé le « Raphaël de la  soie », dont le nom reste associé à ce courant, l’a porté à son firmament. Il renouvelle le répertoire floral dans des créations  baroques où les bouquets de fleurs démesurées virevoltent. Il invente également un point de tissage appelé point berclé qui permet une transition plus subtile dans les dégradés et de ce fait, un effet de relief naturel saisissant.

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Lampas Le Manach, 19e siècle et lampas brochés, 18e siècle, France

 

Les toiles de Jouy

Historiquement, les toiles de Jouy étaient imprimées à la manufacture Oberkampf à Jouy-en-Josas. Par glissement sémantique, ce terme est devenu aujourd’hui un terme générique qui  détermine toutes les toiles imprimées en camaïeux quelle que soit leur origine. Elles présentent généralement des scènes bucoliques, appelées pastorales, où animaux et humains vivent en complète harmonie dans une nature clémente. Au-delà de leur  caractère charmant, elles sont l’expression picturale d’un courant philosophique mené par Rousseau qui prône un retour à la nature. Pour lui, l’Homme est un être naturellement bon dépourvu de perversité dont les vices apparaissent au fur et à mesure de son évolution. Ces toiles, dont les plus fameux exemplaires sont dessinés par Jean-Baptiste Huet, exaltent ce sentiment d’harmonie retrouvée. Le hameau de la reine Marie-Antoinette, construit par Robert Mique entre 1783 et 1786, à Versailles, en est un des témoignages les plus emblématiques.

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Les occupations de la ferme, vers 1792 et L’escarpolette, vers 1785, toiles de coton imprimées à la plaque de cuivre, Manufacture Oberkampf, Jouy-en-Josas

Étoffes et tapis sous le Second Empire

A cette époque, la nature exubérante fait un retour en force en réaction aux motifs géométriques et stylisés de la première moitié du 19e siècle. De plus, les robes à crinoline se parent de bouquets opulents polychromes qui contrebalancent l’austérité des vêtements masculins de l’époque, généralement noirs. A Paris, le baron Haussmann crée des avenues,  des parcs en vue de diminuer l’insalubrité et améliorer la qualité de l’air. Dans les hôtels particuliers, une nouvelle pièce fait son apparition : le jardin d’hiver. La nature entre dans la maison. Moquettes et tapis empruntent largement au répertoire végétal.

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Textile imprimé et projet de tapis, 2e mi 19e siècle, France

 

Les années 40

Au salon des artistes décorateurs de 1936, l’Art Déco géométrique, un tantinet rigide, cède la place à un courant naturaliste dont les architectes aux réalisations largement ouvertes sur les jardins sont les précurseurs. Les stylistes s’inspirent de la nature environnante. La fleur, très présente dans les tissus, est déclinée sous toutes les formes : en bouton, éclose, en tige, coupée, naturelle, stylisée. Cette variété de traitement permet aux décorateurs de placer ces motifs dans des intérieurs aux styles décoratifs très variés. Après  la guerre, les artistes ont à cœur d’exprimer une légèreté, une gaité retrouvée par le biais d’une nature colorée.

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Gouaches pour tissus, Jean-Denis Malclès et Geneviève Prou, vers 1940

Tous ces exemples tendent à démontrer la nécessité de la nature qui apparaît comme un refuge réconfortant et comme un espace de liberté absolue. Sa récurrence n’est donc pas surprenante.

Chaque période a vu s’épanouir un traitement particulier des motifs végétaux. Il est donc très facile de dater une étoffe fleurie. Cela montre ainsi à quel point le textile est fortement connecté à la société qui le crée. Un tissu donne immédiatement des informations intelligibles à l’historien qui ne saurait négliger cette source de connaissance. Il est le témoin privilégié des bouleversements sociétaux et apparaît, de ce fait, comme une richesse à sauvegarder.


 I- AGENDA DES EXPOSITIONS….

 

En France

Paris

Grand Palais, Jardins, jusqu’au 24 juillet

Grille du jardin du Luxembourg, Jardins extraordinaires, jusqu’au 23 juillet Manufacture des Gobelins, Sièges en société, jusqu’au 24 septembre Musée d’art moderne, Medusa, bijoux et taboux, jusqu’au 5 novembre

Musée des arts décoratifs, Christian Dior, le couturier des rêves, à partir du 5 juillet Musée Bourdelle, L’œuvre au noir, jusqu’au 16 juillet

Musée de la vie romantique, Pierre Joseph Redouté, le pouvoir des fleurs, jusqu’au 1er octobre

Musée du quai Branly, Picasso primitif, jusqu’au 23 juillet

 

En province

Calais, cité de la dentelle, Hubert de Givenchy, 15 juin au 31 décembre 2017

Lyon, musée des tissus de Lyon, le génie de la fabrique, jusqu’au 31 décembre 2017 Metz, Centre Pompidou, Jardin infini, de Giverny à l’Amazonie, jusqu’au 28 août

Mulhouse, MISE, Formes et couleurs dans les tissus imprimés du 18e siècle à nos jours, jusqu’au 1er  octobre 2017

Pau, Musée du château de Pau, Trésors princiers, jusqu’au 9 juillet

Rixheim, musée du papier peint, tour d’horizon, paysage en papiers peints, jusqu’au 31 décembre 2017 et  papiers peints du futur, jusqu’au 31 décembre 2018

Roubaix, La piscine, éloge de la couleur, jusqu’au 11 juin

 

 

A l’étranger

Allemagne, Krefeld, Deutsches Textilmuseum, Stick bilder, jusqu’au 17 septembre Angleterre, V & A museum, Balenciaga, Shaping fashion, jusqu’au 18 février 2018

Belgique

Anvers, MOMU, Margiela, les années Hermès, jusqu’au 28 août

Bruxelles, muséee du costume et de la dentelle, Just married, jusqu’au 3 septembre

 

Italie

Venise, Palazzo Mocenigo, Transformation, Six Swedish artists, jusqu’au 1er Octobre 2017

Prato, musée du textile, Il capriccio e la ragione, Eleganze del settecento europeo, jusqu’au 29 avril  2018

 

Suisse, Abbegg-stiftung, Material Traces – Conserving and Exploring Textiles, jusqu’au 12 Novembre

 

US

New-York, the MET, Rei Kawakubo, comme des garçons, jusqu’au 4 septembre

New-York, Cooper Hewitt museum, The Jazz Age : American style in the 1920s, jusqu’au 20 août Washington, the textile museum, Inspiring Beauty : 50 years of Ebony fashion fair, jusqu’au 24 juillet

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